La Malédiction de Loki : quand l’art justifie la violence ?

ATTENTION RISQUE DE SPOIL

La Malédiction de Loki ou Majo no Kaigashuu / 魔女の怪画集 est un manga publié par Hachi en 2017 au Japon, mais il n’arrive qu’en 2019 en France. Si à l’heure actuelle ce shônen s’est terminé en huit tomes, il reste assez peu connu.

Au-delà de l’histoire racontée dans ce manga, on se trouve face à une réflexion sur la perception humaine. L’art et les peintures sont dans ce manga soumises aux volontés de l’Homme : des œuvres à l’origine pure se retrouvent corrompues par leurs propriétaires qui répondent à l’appel de la violence, et une fois corrompue l’œuvre réclame toujours plus de sang. La violence des détenteurs de ses peintures se trouve alors justifiée par le besoin de sang de celles-ci qui leur confèrent en échange des capacités hors du commun. Mais avant d’aller plus loin dans cette étude de l’œuvre de Hachi, il faut signaler qu’il s’agit ici d’une analyse personnelle et non officiellement appuyée par des déclarations de l’auteur.

Un petit résumé

Asya est une jeune fille dotée d’un don particulier qui est celui de faire des miracles en peignant avec son sang. Mais très vite, la perversion des Hommes va s’emparer de ce qu’elle leur offre et elle se retrouve enfermée, condamnée à dessiner ce qu’on lui ordonne. Si dans un premier temps elle le fait avec une joie et une bonté liée à l’innocence d’une enfant, cela change lorsqu’elle apprend que l’on parle désormais de « peintures maudites de la sorcière ». Son attitude va changer et son ultime dessin, avant d’y laisser la vie, va matérialiser son meilleur ami, Loki, un dessin qu’elle fait et déchire, d’où la cicatrice qu’il a sur la joue ensuite, pour que personne d’autre ne puisse s’en emparer. Elle lui confie alors la mission de récupérer toutes les peintures maudites car son souhait était de faire le bien et d’aider les gens et non de voir de telles souffrances à de ses « miracles ».

C’est ainsi que commence ce manga avec Loki qui enterre Asya avant de partir tenir la promesse qu’il a faite. Nous suivons donc ses combats pour y parvenir mais aussi la manière dont peu à peu il découvre le monde et ce que signifie être humain grâce à un petit groupe d’individus regroupés dans une organisation nommée Vinculum, qu’il a fondé. Le choc va être violent pour Loki lorsque lors d’une mission il tombe sur une poupée, nommée Lice, qui ressemble trait pour trait à Asya, et d’autant plus lorsqu’ils se rendent compte que celle-ci vit. La quête de Loki prend alors une autre dimension aux côtés de cette poupée dont les pouvoirs annulent la corruption des œuvres de son amie de toujours.

Tout au long de l’histoire d’autres personnages vont apparaître pour s’opposer à eux en plus des peintures maudites que Loki recherche. Il s’agit ici des membres de la Fondation Sacrée des Arts qui conservent toutes les choses de valeurs et vouent un véritable culte secret à « la Petite Sainte », soit Asya, en recherchant également les peintures maudites.

La perversion de l’innocence d’un monde

Asya réalise ses peintures dans l’optique d’aider les gens avec ses miracles bien que cela lui demande de se blesser pour pouvoir peindre avec son sang. Sa joie et son enthousiasme sont ceux d’une enfant, et ce même quand on l’enchaîne pour qu’elle ne se consacre plus qu’à ça. Mais comme je l’ai dit précédemment, cela change que lorsqu’elle apprend que le commerce de ses œuvres est devenu un véritable trafic malfaisant. L’avidité des Hommes a perverti ses œuvres qui désormais font l’inverse de ce pourquoi elle les avait réalisées. Les « peintures maudites » appellent alors à la violence pour délivrer toujours plus de pouvoirs à leur détenteur. Différents clans s’affrontent pour obtenir une telle puissance et notamment la Fondation Sacrée des Arts (FSA) qui va non pas les garder en tant qu’œuvres mais aller jusqu’à les greffer directement à un humain

Cette violence qui reste immorale pour toutes les personnes qui apparaissent dans ce manga se trouve pour autant comme justifiée par les propriétaires en rejetant la faute sur la peinture. Perdant toute forme de conscience morale, ils se retrouvent à répandre la mort et la désolation sur leur passage. Mais au-delà du propriétaire en tant qu’individu la FSA va jusqu’à pratiquer des expériences pour atteindre cet être vivant amélioré par la greffe des œuvres. Sous couvert d’une organisation caritative visant à protéger œuvres et objets précieux, ils ne rechignent devant rien pour atteindre leur véritable but : Ressusciter Asya.

Bien que dans ce manga, Hachi nous raconte une histoire purement fictionnelle, on ne peut pas effacer ces réflexions sous-jacentes : la surenchère de la violence face à une cause prétendument juste mais aussi l’importance de l’art dans la société. Cette collecte des œuvres devient alors une justification pour toute la violence et les destructions qui se déroulent durant les combats. Loki se bat pour respecter sa promesse, la FSA suit un dogme, mais aucun des deux ne semble avoir de limite pour atteindre son but. Mais c’est face aux expériences menées par cette organisation qu’une nouvelle question éthique se pose. Au-delà de la corruption des œuvres, ils en prennent totalement le contrôle quand ils arrivent au bout de leurs expériences, faisant ainsi de véritables armes surpuissantes en partant d’un dessin totalement innocent à l’origine.

Nous pouvons nous poser alors deux questions : 

Est-ce aller trop loin que d’y voir ici une forme de rappel des expériences qui ont été menées pendant les guerres, et notamment durant la seconde guerre mondiale ? Chacun est libre ici de répondre ce qu’il en pense. 

Est-ce une incarnation humaine de l’œuvre d’art au sens strict du terme dans la mesure où il lui donne une personnalité et une enveloppe charnelle propre ?

En résumé, La Malédiction de Loki nous offre un récit mêlant fiction, art et violence, ce qui n’est pas sans nous rappeler des évènements historiques et des questionnements sociaux actuels.

Léa SANGY

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