Le surréalisme provoquant de Zhong Lin

VOGUE Italie ose le terme : synesthésique. L’art de Zhong Lin est troublant, vibrant. Chacune des photographies questionne les sens, attise la curiosité du toucher quand la vue, elle, est décontenancée. Le jeu entre le cadrage, le contraste des couleurs et le mélange des textures conçoit un tableau des plus intéressants.

“You can almost smell them.”

Zhong Lin est née en Malaisie. Comme elle le définit elle-même, le multiculturalisme du pays lui a permis de concevoir une photographie aux mélanges d’influences complexes pouvant parler à tout type de regardeur.

Zhong Lin est née en Malaisie. Comme elle le définit elle-même, le multiculturalisme du pays lui a permis de concevoir une photographie aux mélanges d’influences complexes pouvant parler à tout type de regardeur.

“I grew up with so many different cultural influences that I could be eating Malay food and watching a Hollywood movie, with Indian music (playing) in the background, while talking to my family in Mandarin. All these diverse cultures nourish me and play crucial rules in inspiring my photography.”

Zhong Lin ne suit pas de cours de photographie. Son apprentissage se fait dans le tas et se construit au fil de ses prises et expériences. Mais c’est son goût pour l’opéra chinois qui va vraiment cristalliser son style. Chaque œuvre traduit de son intérêt pour la culture chinois. Et la couleur rouge se fait, par ailleurs, une place de choix.

“Red is a color I’m quite fond of and frequently use in my photography to create a strong impression.”

Chaque photographie est plus léchée que la précédente tout en jouant avec les limites de la provocation. Car le surréalisme de Zhong Lin se situe surtout dans ce qui perturbe. Les poses rappellent l’opéra chinois tandis que les visages poudrés fusionnent petit à petit avec des éléments naturels.

Le travail de Zhong Lin met en vedette une femme captivante qui souligne l’audace de l’artiste. Entre fragilité et force, la femme de Zhong Lin est unique et insaisissable.

En avril 2021, Zhong Lin clôture par ailleurs un projet ambitieux, le Project 365. Consistant à partager pendant un an une photographie inédite, l’artiste réalise un tour de force en allant au bout du défi. Qu’importe la pluie ou le vent ou les excuses en tous genres, Zhong Lin ne se dérobe pas. Pour autant, la chose n’était pas gagnée d’avance. Avec la pandémie, l’artiste rencontrait le risque de se retrouver face à une panne d’inspiration. Habituée à voyager et à exposer un peu partout dans le monde, Zhong Lin s’est retrouvée bloquée à Taiwan, ce qui a au contraire stimulé sa créativité.

Les mots d’ordre de Zhong Lin sont la spontanéité et l’instinct. Ses photographies n’ont pas besoin de mots pour être décrites parce que comme le dit : “A picture is worth a thousand words”.

Onirisme horrifique

La couverture du VOGUE Taiwan lui est offerte au mois de janvier 2022. Mêlant un message politique environnemental et son style particulier, Zhong Lin joue de son univers surréaliste pour mélanger l’onirisme et l’horreur des dégâts de la pollution.

Sa série de photographies particulières met en scène un personnage féminin chimérique, une sorte de sirène envoûtante. Gracieuse et délicate, cette sirène se montre pourtant fragile à cause de son environnement.

La narration qui anime les photographies est d’abord poétique car le message y est transmis de manière douce et sensible. Pourtant, les détails finissent par percer à jour l’horreur jusqu’à montrer du doigt le regardeur qui se trouve être coupable des dégâts. Le noir dévore l’espace. Couvrant la queue de la sirène jusqu’à rendre opaque l’océan, on pourrait y voir la représentation du pétrole et des essences qui s’écoulent en pompe dans les eaux.

Certaines photographies présentent la sirène piégée dans une matière textile transparente. Et la sirène prend petit à petit la pose d’un poisson mort, finissant de suffoquer. Pour finir, Zhong Lin réalise une magnifique photo en noir et blanc, où la sirène, dont la queue est couverte de cette peinture noire, pose dans un décor naturel, ou plutôt, un décor qui lui est maintenant devenu quotidien, couvert de déchets plastiques en tous genres.

“I want to rediscover what it means to start from nothing. No limits, no boundaries and no definition.”

Le travail de Zhong Lin est particulier car il n’est pas réfléchi. La photographe laisse place à son imagination. La création vient à elle et cela se ressent dans son travail. Revigorantes, ses peintures peuvent laisser certains perplexes quand d’autres se retrouveront transcendés.

Chloé DEJOUX

SOURCES :

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