« Blade Runner » de Ridley Scott (1982)

Blade Runner est un film de science-fiction réalisé par Ridley Scott et sorti en 1982. Le réalisateur adapte ici le célèbre roman de Philip K. Dick « Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? ». Si le film est critiqué à sa sortie, sa postérité est immense. Considéré aujourd’hui comme un film culte, il est le fondateur d’une nouvelle esthétique qu’on retrouve dans de nombreux films de science-fiction comme Le Cinquième élément ou Matrix, mais aussi dans des jeux vidéo ou des mangas, dont Ghost in the Shell et Akira sont des exemples marquants. Réflexion sur l’humanité, Blade Runner est un chef-d’œuvre cinématographique fait de larmes, de pluie et de néons, un jalon majeur du cinéma à voir et à revoir.

21ème siècle, Los Angeles… La population est partie à la conquête de l’espace, poussée à fonder des colonies sur d’autres planètes. Des androïdes appelés « réplicants » à l’apparence humaine sont les esclaves modernes de ces nouvelles colonies. Fabriqués par la Tyrell Corporation dont le siège domine la ville, ils ne sont ni humains, ni robots. Après une rébellion sanglante, ces réplicants ont été déclarés hors-la-loi et interdits sur Terre. Les blade runners, unités policières spéciales, sont chargés de les éliminer. Rick Deckard (Harrison Ford) est l’un de ces blade runners…

Le projet Blade Runner est une véritable épopée à lui-seul et mérite un rappel de sa genèse absolument chaotique. « Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » sort en 1968. Peu de temps après, la possibilité d’une adaptation est déjà envisagée par l’industrie cinématographique. En 1980, Ridley Scott abandonne le projet Dune – qu’un certain David Lynch va récupérer – et signe pour l’adaptation du roman de science-fiction de Philip K. Dick. Grâce à Steven Spielberg qui vient de tourner Indiana Jones et les Aventuriers de l’arche perdue, Harrison Ford est engagé sur le projet. Le tournage est infernal. Ridley Scott est un réalisateur maniaque quasiment tyrannique. Tourner essentiellement de nuit et sous une pluie artificielle ne fait qu’alimenter les tensions déjà fortes entre Scott et le reste de l’équipe.  

Mais c’est surtout le budget largement dépassé qui pose problème. La société de production désespère, mais une clause du contrat lui permet de récupérer le contrôle total sur le long-métrage. Le film est alors incompris par la Tandem Production et la fin est complètement remontée, avec l’ajout d’une voix-off explicative. Voilà comment apparaissent les différentes versions du film. Pendant près de 25 ans, 8 versions de Blade Runner sont sorties, la première incluant une happy-ending avec la voix monotone d’Harrison Ford (qui n’y mettait pas du sien pour cette fin qu’il considérait mauvaise) sur des vues aériennes de montagnes, qui sont en fait des rushes tournés par Stanley Kubrick à l’hélicoptère pour l’ouverture de Shining. Une drôle de fin, à l’opposé de la vision artistique de réalisateur, qui finira par sortir sa director’s cut en 1992. Finalement, le film est un échec commercial et reçoit des critiques mitigées. C’est en résistant à l’épreuve du temps que Blade Runner deviendra le film culte qu’il est aujourd’hui, acclamé pour son style visuel et son ambiance néo-noire mélancolique.

Mais pourquoi est-ce qu’on aime autant Blade Runner ?

Pour beaucoup de raisons, je replonge dans Blade Runner. L’une d’elles est sans doute sa longueur contemplative. Son atmosphère magnétique irrésistible m’hypnotise. La quête du détail et du symbole hante chaque visionnage. Ridley Scott crée un univers dystopique d’une richesse visuelle époustouflante. Il envisage le décor comme une personne. Los Angeles du futur est une sorte de monstre crachant des flammes et de la fumée. Le cadre est saturé de gratte-ciels qui se dressent dans un ciel rougeoyant. La beauté plastique de Blade Runner est indéniable. Cet univers foisonnant s’accompagne d’un travail sur la matière, créant l’illusion d’un monde réel traversé d’une énergie vitale : la fumée s’échappant des échoppes d’inspiration japonaise, la lumière des néons éclairant les ruelles, les écrans publicitaires sans cesse en mouvement, la pluie battante…

Dans l’architecture de la ville, Scott développe une réflexion sur l’urbanisme. Pour cette ville dystopique, il s’inspire de la pensée des Futuristes et de la ville-machine, son incandescence avec ses usines qui fument. Mais ici, Los Angeles est une ville décadente, battue d’une pluie d’acide. Ridley Scott s’inspire également de l’univers de 2001 : L’Odyssée de l’espace, Star Wars ou encore Métropolis, mais c’est surtout le mélange de modernité et d’archaïsme qui marque les décors de Blade Runner. Les tours s’élèvent comme des temples dans la nuit et s’inspirent de civilisations anciennes. Sous un ciel jaune presque apocalyptique le siège de la Tyrell Corporation apparait comme une pyramide maya ou un temple de l’Égypte ancienne, et domine la ville de sa massivité. Tyrell devient alors un dieu jugeant le destin des hommes depuis sa tour d’ivoire.

Blade Runner est donc véritablement une aventure du regard, tant formellement que philosophiquement. Le film s’ouvre sur un œil ouvert, en plein cadre, dans lequel se reflètent les lumières d’une ville future. Ainsi, dès l’un des premiers plans du film, Ridley Scott s’intéresse à la question du regard. Comment regarder le monde ?

I’ve seen things you people wouldn’t believe

Avoir sa propre opinion, se forger sa propre vision du monde, ne pas se fier à une source unique et autoritaire, au Big Brother orwellien, incarné ici par la Tyrell Corporation… telles sont des problématiques que soulève le film. L’œil, le miroir de l’âme, est omniprésent. Il est le symbole de connaissances et donc de la conscience de soi qui détermine l’être humain, mais dont les réplicants sont également pourvus. En anglais, le soi ou je : « I », n’est pas si loin de « eye »…

La conscience de sa propre existence et donc de sa fin, le cogito de René Descartes (ou serait-ce Rick Deckard ?), est la réflexion principale du film qui s’interroge sur l’humanité. Les réplicants, qui ont conscience d’eux-mêmes, ne sont-ils pas aussi humains ?

More human than human

Finalement, qu’est-ce qui fait que je suis humain ?

On ne sort pas indemne de Blade Runner. On finit avec un cerveau embué de ces pensées existentielles, sous une pluie continuelle. Et dans cette pluie se fondent les larmes… des questions sans réponses…

Tears in rain

Faustine Fraysse


Le ciné-club de l’Ecole du Louvre vous invite à venir (re)découvrir Blade Runner, ce chef-d’œuvre du 7ème art, le mercredi 30 mars à 18h en amphithéâtre Cézanne. Entrée libre ! Plus d’infos ici.

Extérieurs à l’école ? Vous êtes les bienvenus ! Il vous suffit d’envoyer un mail avec vos nom et prénom à cineclubecoledulouvre@gmail.com au plus tard 48 heures avant la séance.

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