Happy Together de Wong Kar Wai (1997)

Pour sa rentrée, le Ciné-club de l’Ecole du Louvre a décidé de projeter l’intrigant Happy Together du maître du cinéma Hong-kongais Wong Kar Wai. Le film est rapidement apprécié par la critique internationale dès l’année de sa sortie aussi bien pour ses qualités techniques que pour l’histoire qu’il raconte. Il est primé à Cannes dès 1997 au titre du meilleur scénario, et pour sa photographie au Golden Horse Film Festival de Taipei. L’année suivante, ce seront les festivals de cinéma de Hong-Kong et d’Arizona qui le récompenseront à leurs tours.


Le Ciné-club de l’Ecole du louvre vous invite à venir voir Happy Together de Wong Kar Wai le 20 septembre prochain à 18 h dans l’Amphithéâtre Cezanne.

Avis aux personnes extérieures à l’École du Louvre ! Vous pouvez assister à la séance à condition de nous envoyer un mail avec votre nom et prénom (ainsi que ceux des personnes vous accompagnant) au minimum 48h avant la séance à cineclubecoledulouvre@gmail.com. Cette inscription est obligatoire dans le cadre du plan vigipirate, pensez donc à vous munir d’un justificatif d’identité. Il ne s’agit pas d’une réservation pour notre séance.


Synopsis :
Ho Po-Wing (Leslie Cheung) et Lai Yiu-Fai (Tony Leung Chiu-Wai) sont originaires de Hong-Kong. Un jour, les deux jeunes amoureux se décident à partir en Argentine, redémarrer à zéro, vivre une aventure à l’autre bout du monde. Ils s’aiment parfois, se querellent souvent, et se quittent, irrémédiablement. Peut-être pour mieux se retrouver et tenter, encore, de repartir à zéro.

Ce synopsis suffisamment sibyllin pour ne pas trop en révéler montre en réalité déjà bien des choses. Laissant deviner le travail du réalisateur sur le thème de l’Amour, Happy Together (1997) est peut-être en quelque sorte le grand-frère un petit peu moins connu aujourd’hui que le célébrissime In the mood for Love (2000) de trois ans son cadet.

Constitué d’un série de fragments plutôt intimistes mis bout à bout en mêlant passé et présent, le film raconte l’histoire du jeune couple de Ho Po-Wing et de Lai Yiu-Fai, deux jeunes taïwanais tout juste installés en Argentine. Perdus loin de chez eux, loin des grands foyers de diaspora chinoise mais toujours au sein d’une petite communauté solidaire, une caméra a hauteur d’yeux invite les spectateurs à entrer dans les méandres de leurs relations. Sexe, cigarettes, disputes ou portes qui claquent alternent avec des moment de plaisir, de délicatesse et de tendres pas de danses pour construire une forme de nouveau « chez-soi » basé sur une relation de co-dépendance presque délétère, qui comme dans un tango effréné tantôt les éloigne, tantôt les rapproche jusqu’au clap final.

Romance donc, mais très peu romantique finalement, les extraits semblent appuyer par leur contenu l’impossibilité de l’amour des deux jeunes garçons. Ce triomphe impossible s’impose comme une relecture contemporaine du genre déjà classique dans les années 90 des romances hollywoodiennes. L’amour est ici violent, miséreux, et pourtant toujours aussi fort. Il concrétise peut-être les grands fils rouges de la carrière cinématographique de Wong Kar-Wai : la misère sociale de certaines franges de la population dans les grands pays en développement, en Chine notamment, les regrets amoureux et la solitude, comme la perte de repère.

L’ Argentine, l’Amérique du sud, territoire en développement aussi bien politique qu’économique représente une terre inconnue pour les deux jeunes. Débarquant peut-être uniquement avec une image touristique de l’Argentine, l’image assez mystique des chutes d’Iguazú, le couple se retrouve plus ou moins confronté à la réalité. Ne parlant que peu espagnol, au sein d’une petite communauté chinoise, et dans un pays luttant encore pour défendre ses droits LGBT+, l’espace du foyer relativement isolé constitue presque le centre du film comme celui du monde des jeunes garçons. Les plans ne sont tournés que sur un nombre limité d’espaces : le café-bar dans lequel travaille Lai Yiu-Fai, la cuisine commune attenante à leur appartement, le restaurant chinois et l’espace dédié à la plonge, les toilettes publiques de l’aéroport, un cinéma. Les rares plans qui montre de véritables paysages tendent eux à être très peu animés, une caméra fixe, les voitures réduites à un lointain à peine perceptible autour de l’obélisque immense d’une place ; une route mystérieusement vide et semblant se prolonger à l’infini dans l’horizon de l’image, etc. La faible quantité de décors et leur caractère plutôt coloré participe à la création d’une atmosphère assez resserrée et triste qui appuie les difficultés du couple et déjoue le conte classique de l’amour.

Mais l’aspect technique du film vient lui aussi appuyer l’incommunicabilité du couple. Les différents fragments utilisés par le réalisateur sont sensiblement différents, d’une grande multiplicité technique peut-être héritée de la formation en arts graphiques et en photographie du réalisateur. Composé aussi bien d’images dynamiques ou au contraire de plans presque tragiquement inactifs, tantôt pris avec une caméra tremblante, tantôt extrêmement stables, aussi courts que parfois longs, passant du noir et blanc à la couleur, l’ensemble de fragments rapportés à l’aide d’une rare voix off narrative peut dérouter le spectateur. Et c’est peut-être bien le but, situant l’action de manière floue entre 1995 et le début de l’année 1997, le réalisateur nous entraîne dans la spirale toxique de la situation des deux hommes.

Côté son, l’alternance d’injures avec des murmures amoureux, ou encore de grands silences avec des musiques latino-américaines alliant les consonances joyeuses du jazz et de la pop américaine avec les notes espagnoles en duo du tango argentin constitue un contrepoint surprenant à la tristesse de l’action. La musique vient habiter le silence des espaces comme pour révéler l’indicible et alléger le poids de l’amour. Cette musique entraînante vient aussi compenser l’incroyablement faible nombre de véritables personnages : seulement trois, pour entraîner le spectateur.


« Imagine me and you, I do.
I think about you, day and night, it’s only right
to think about the girl you love and hold her tight.
So happy together … »

En somme, un drame délicat construit par des touches noires et colorées qui explore les difficultés de la perte de repères et de la construction de l’amour. A voir et à revoir.

Matteo Vassout


Le Ciné-club de l’Ecole du Louvre vous invite à venir voir Happy Together de Wong Kar Wai le 20 septembre prochain à 18h dans l’Amphithéâtre Cezanne.

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