Peau d’Âne de Jacques Demy (1970)


Le Ciné-club de l’Ecole du Louvre vous invite à venir voir Peau d’Âne de Jacques Demy  le 13 décembre prochain à 18 h dans l’Amphithéâtre Cézanne.

Avis aux personnes extérieures à l’École du Louvre ! Vous pouvez assister à la séance à condition de nous envoyer un mail avec votre nom et prénom (ainsi que ceux des personnes vous accompagnant) au minimum 48 h avant la séance à cineclubecoledulouvre@gmail.com. Cette inscription est obligatoire dans le cadre du plan Vigipirate, pensez donc à vous munir d’un justificatif d’identité. Il ne s’agit pas d’une réservation pour notre séance.


« Quand j’étais petit, j’avais un guignol où je montais Cendrillon, Peau d’âne et les Contes d’Andersen. J’ai essayé de réaliser Peau d’âne exactement comme je l’imaginais alors, et je voudrais qu’après avoir vu le film, les enfants puissent rêver à leur aise. »

Enfant rêveur ou adulte songeur, l’un comme l’autre peut trouver son compte face à cette adaptation du conte si fameux de Charles Perrault, réalisée en 1970 par Jacques Demy.
Ce film aux inspirations diverses débute par un insert sur un livre de contes, qui, comme un film de Walt Disney, dépasse le récit originel pour nous emmener dans son univers propre. Nous découvrons un couple royal dont l’idylle est soudainement menacée par la maladie de la reine : le roi bleu (Jean Marais) promet alors sur le lit de mort de son épouse de ne se remarier qu’avec une femme plus belle qu’elle… Des années plus tard, après avoir négligé sa fille (Catherine Deneuve) – qui pendant ce temps a grandi et s’est embellie – il décide de l’épouser, car elle seule est capable de rivaliser en beauté avec la reine disparue. Suivant les conseils de sa marraine la fée des Lilas (Delphine Seyrig), la princesse tente d’esquiver cette demande de mariage insensée, en redoublant de requêtes, les unes plus folles que les autres, jusqu’à réclamer la peau de l’âne qui fait la richesse du royaume en déféquant chaque matin des pluies d’or. Le roi obtempère, et la princesse n’a plus d’autre solution que de fuir dans la forêt, prenant l’apparence d’une souillon enveloppée dans une peau d’âne. Mais l’amour, le hasard et la magie sauront triompher des apparences… 

Dans ce conte à la fois pop et baroque, enchanteur et décalé, Demy renouvelle le merveilleux et la fantaisie qui l’ont aidé à grandir, qui ont nourri son imaginaire et alimenté sa soif de raconter des histoires. Peau d’âne prend vie dans un décor médiéval parsemé de touches de pop art, d’anachronismes divers et variés (comme un hélicoptère, des trônes en chat…), de touches purement fantaisistes, comme les chevaux rouges et bleus du prince et du roi, mais aussi de touches humoristiques (un perroquet taquin, une fausse naïveté constante…). 

Dans cette profusion de bizarreries, Catherine Deneuve apparaît à l’écran vêtue de costumes extravagants, de robes au poids inimaginable, comme la fameuse robe couleur du temps qui devait avoir des couleurs changeantes : des robes qui ont bercé notre enfance et incité au rêve. Peau d’âne convoque à la fois les souvenirs de Walt Disney, l’univers fourmillant de Blanche Neige et la magie de Cendrillon, les gravures de Gustave Doré, ainsi que La belle et la bête de Jean Cocteau et son imaginaire débordant qui a marqué Demy à tel point qu’il offre à Jean Marais le rôle du roi (et on retrouve aussi ce même plaisir des effets spéciaux artisanaux).

Peau d’âne arrive après Les Parapluies de Cherbourg et les Demoiselles de Rochefort, les deux grands succès musicaux de Demy – il explore ici une veine un peu différente, car le merveilleux est assez rare dans la production cinématographique française des années 1970. Pour créer ce monde féerique, huit années de travail ont été nécessaires, et le renouvellement de sa collaboration avec Michel Legrand apparut comme une évidence dans la construction de cet univers onirique. Ce dernier n’avait jamais composé la bande son d’un film fantastique, et pour ce faire, il emploie un mélange des genres – jazz, baroque, pop – qui reflète parfaitement les mille facettes de Peau d’âne. Renouant ainsi avec la comédie musicale, sans que les dialogues ne soient chantés pour autant, certaines chansons font date comme la Recette du cake d’amour, qui constitue une des scènes les plus iconiques du film, un œuf qui libère un poussin, une Catherine Deneuve dédoublée…

Au-delà de son aspect merveilleux, le film offre par ailleurs une lecture à plusieurs niveaux, à commencer par la dualité du personnage de Peau d’âne, entre lumière et ténèbres, que Catherine Deneuve incarnait déjà dans Les Parapluies de Cherbourg, par exemple. Sous les dorures artificielles, une part plus sombre se cache, avec cette héroïne duelle dont la pureté et l’impureté s’entremêlent, princesse et souillon à la fois, questionnant ainsi les apparences et les préjugés. De plus, Demy s’empare sans embarras d’un conte de fées en épousant aussi bien le regard de l’enfant que celui de l’adulte, pour évoquer le tabou de l’inceste

« Les contes, quels qu’ils soient, je les ai tous lus. Dans ma jeunesse, j’adorais ça. Il y a des enfants qui aiment la réalité mais pour moi tout était possible : je parlais à mon crayon, à mon mouchoir, à mon plumier. Adulte, quand j’ai relu les contes, j’ai pensé qu’il y avait avec Peau d’âne deux films : un film pour les adultes et un film pour les enfants, c’est très rare de trouver un sujet qui soit passionnant pour tous. »          

Un film qui fait rêver les enfants et qui fait réfléchir les adultes tout en les ensorcelant, c’est possible chez Demy. En réalisant Peau d’âne avec un regard d’enfant, celui qu’il avait à sept ou huit ans, Demy réinvente les codes : l’étrangeté du conte fascine autant qu’elle dérange. Le réalisateur, qui est aussi le parolier de son film, n’hésite pas à accentuer cette résistance face à l’inceste, notamment à travers le personnage de Delphine Seyrig – figure notoire de l’émancipation féminine – et la fameuse chanson des Conseils de la Fée des Lilas : « mon enfant, on n’épouse jamais ses parents (…) des questions de culture et de législature décidèrent en leur temps qu’on ne mariait pas les filles avec leur papa… ». 

Par son regard si singulier, son univers psychédélique et fantasmagorique, ses musiques séduisantes et emblématiques, ses costumes et ses décors iconiques, Peau d’âne reste un unicum dans le cinéma français, un film qui ne cesse de charmer petits et grands et qui se hisse au rang du film culte. (Parfait pour la période de Noël, qui plus est…)

Alice Jeanjacques.


Le Ciné-club de l’Ecole du Louvre vous invite à venir voir Peau d’Âne de Jacques Demy  le 13 décembre prochain à 18 h dans l’Amphithéâtre Cézanne.

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